Phonologie

                                     Tableau phonémique des consonnes

Tableau des consonnes ninkare

Tableau voyelles ninkare

  1. Rappel Phonologique

Nous rappelons ici quelques données essentielles, utiles à la compréhension des faits grammaticaux.

Pour transcrire le ninkãrɛ, on emploie un alphabet de

18 consonnes et de 9 voyelles.

1.1 Les consonnes

   b, d, f, g, h, k, l, m, n, ŋ, p, r, s, t, v, w, y, z

La plupart de ces consonnes se prononcent d’une manière qui ressemble à celle du français. Mais il y a des sons qui sont représentés différemment qu’en français et d’autres qui n’ont pas d’équivalent en français.

1.1.1 Consonnes représentées différemment qu’en français

w     prononcé comme ‹ou› dans les mots français

            «oui, ouest» etc.

Exemples :

wɔbgɔ   «éléphant»,

wɛnna   «souris de Barbarie»

Le symbole <y> est utilisé pour deux sons en ninkãrɛ qui sont écrits de deux manières différentes en français. Il s’agit d’une distribution complémentaire, cela veut dire que, le même phonème se prononce différemment selon le contexte où il se trouve :

y     se prononcé comme le ‹y› français dans le mot «crayon»

partout sauf avant une voyelle nasalisée, où il se prononce comme le son [ɲ] qui est transcrit en français par <gn> comme dans le mot «agneau» [aɲo].

Exemples :

[y] yalfɔ                 «poisson (hyperopisus)»           

yɔɔrɛ                     «termite»

yʋgʋmbaaga         «chacal»

 

[ɲ] yũmpɛɛŋa       «hérisson»                           

yĩile                       «ver de Guinée»

yãka                      «gazelle»

1.1.2 Consonnes n’ayant pas d’équivalent français :

ŋ        représente les deux sons <n> et <g> réalisés            simultanément comme dans les mots anglais / français ‹parking›, ‹camping›.

Exemples :

ŋa          «âne»

              zẽnzõŋɔ      «roussette»

ŋa          «margouillat»

h     En français, ce signe est écrit mais le son n’est pas        prononcé, par exemple «homme» est prononcé [ɔm].

En ninkãrɛ, par contre, ce signe représente un son qui est prononcé avec une forte expiration. Néanmoins, ce son est assez rare en ninkãrɛ. Il existe surtout dans des exclamations et dans des emprunts.

Exemples :

hei         «exclamation»

halɩ        «tellement, jusqu’à»

hãma     «marteau»

1.1.3 L’occlusive glottale

Le signe < > qui représente une apostrophe en français pour indiquer l’élision d’une voyelle, n’a pas la même fonction en ninkãrɛ.

En ninkãrɛ il s’agit d’une occlusive glottale (coup de glotte) prononcée comme une coupure ou interruption entre deux voyelles.

Exemples :

gõmatɩa        «caméléon»

ɔŋa          «lapin, lièvre»

koom           «eau»

aŋa          «taupe-grillon»

Quand le coup de glotte se trouve en fin de mot, il n’est pas marqué dans l’orthographe.

Par exemple [da] «acheter» est écrit : da.

1.2 Les voyelles

Le ninkãrɛ comporte neuf voyelles orales :

a     e     ɛ     i     ɩ     o     ɔ     u     ʋ

et cinq voyelles nasales :

ã   ẽ     ĩ     õ     ũ

Toutes les voyelles peuvent avoir une forme longue (ou redoublée) par exemple : aa, ãa, ee, ẽe . . . etc.

Par exemple [da’] «acheter» est écrit : da.

1.2.1 Voyelles représentées différemment qu’en français :

u        est prononcé comme ‹ou› dans les mots français

‹trou, sous› etc.

Exemples :     kakute            «tortue»

kua                 «souris»

Pour certaines voyelles on a choisi des signes nouveaux qui correspondent à l’Alphabet National.

ɛ          est prononcé comme ‹è› ou ‹ê› dans les mots français

‹père, flèche, fenêtre› etc.

Exemples :     bõŋadɛɛma    «guêpier à gorge rouge»

sãanɛ              «porc-épic»

ɔ        est prononcé comme ‹o› dans les mots français

‹corps, porte, robe› etc.

Exemples :      nõrɔɔgɔ   «coq»

wɔɔgɔ     «varan du Nil»

1.2.2 Voyelles nasales 

Les cinq voyelles <a, e, i, o, u> existent aussi comme voyelles nasales (lorsqu’on les prononce, le souffle ne s’échappe pas uniquement par la bouche, mais à la fois par la bouche et par le nez). Elles sont marquées par un tilde : <ã, ẽ, ĩ, õ, ũ>.

Exemples :

zãngenõa          «canard»

kõ’oŋɔ               «pintade»

1.2.3 Voyelles n’ayant pas d’équivalent en français :

  ʋ       est prononcé entre ‹ou› et ‹o› (mais prononcé moins tendu).

Exemples :   bʋa              «chèvre»

kʋlʋnkʋʋrɛ  «longicorne»

   ɩ      est prononcé entre ‹é› et ‹i›

(mais prononcé moins tendu).

Exemples :   sɩa                «écureuil»

gɩgnɛ            «lion»

1.3 Harmonie vocalique

L’harmonie vocalique est un phénomène d’assimilation vocalique. Dans certains contextes, le choix d’une voyelle dans une position donnée n’est pas libre, mais il est déterminé par la présence d’une autre voyelle donnée.

Le ninkãrɛ a deux groupes de voyelles,

  • les voyelles orales tendues (i, e, o, u)       et
  • les voyelles orales lâches (ɩ, ɛ, a, ɔ, ʋ).

Les voyelles nasales <ĩ> et <ũ> se comportent comme des voyelles tendues. Cependant les voyelles nasales <ẽ>, <ã> et <õ> se comportent comme des voyelles lâches.

Les voyelles longues se comportent comme des voyelles courtes du même timbre (on peut les considérer comme redoublement de la voyelle).

Les voyelles tendues :   i , ĩ , e , o , u , ũ

Les voyelles lâches :    ɩ , ɛ , ẽ , a , ã , ɔ , õ , ʋ

La voyelle de la racine des noms sélectionne la voyelle des

suffixes de classe, (harmonie progressive)

par exemple :    <nu’ugo> «main»       <nu’usi> «mains»

<pɔka>     «femme»  <pɔg> «femmes»

La voyelle lâche <-a> de la terminaison change les voyelles tendues <e> et <o> de la racine en voyelles lâches <ɛ> et <ɔ> (harmonie régressive).

Exemples :  zelle    «oeuf»        zɛla     «oeufs»

soke    «demander» sɔkra  «en train de demander»

1.4 Redoublement de lettres

Des voyelles longues sont écrites avec deux voyelles identiques.

Exemples :

baaga       «chien»                 weefo                  «cheval»

yʋʋnɛ       «année»                 pɛɛfɔ       «flèche»

iigo          «varan de terre»     ɩɩlɛ           «corne»

Deux consonnes identiques peuvent se suivre dans des formes du singulier ou du pluriel de certains noms et dans des verbes à la forme de l’inaccompli.

Exemples :

singulier :                                          pluriel :

gulgo         «tambour»                       gullo         «tambours»

sõŋɔ            «natte»                          nnɔ         «nattes»

zelle           «oeuf»                            zɛla             «oeufs»

nnɛ         «peau»                           gãna           «peaux»

accompli :                                          inaccompli :

dõn             «mordre»                  dõnna «en train de mordre»

kule            «rentrer chez soi»      kulla     «en train de rentrer  

                                                                     chez soi»

1.5 Combinaisons de voyelles

A part le redoublement des voyelles, il existe plusieurs combinaisons de voyelles.

Exemples :

      kaɩ          «ne pas exister»

      vaɛ           «ramasser»

a’ɛ     ya’ɛ         «ouvrir (bouche

eo     deo          «case»

ẽa     kãmpẽa    «vipère»

ẽ’a    zẽ’a         «endroit»

ia      bia          «enfant»

i’a     wi’a         «appel»

ĩa      tãnpĩa      «rocher»

ĩ’a      mĩ’a        «corde»

ɩa       dɩa          «phacochère»

oe      loe         «enlever»

ɔa      yɔa         «paiement»

ɔ’a     bɔ’a        «don»

õa      dõa        «néré»

õ’a     gõ’a       «épine»

ua      kua        «souris»

ũa     zũa         «vol»

ũ’a    nanzũ’a   «piment»

ui      mui         «riz»

u’o    nu’o         «main»

uo     zuo         «tête»

ʋa      bʋa         «chèvre»

ʋ’a     sʋ’a         «couteau»

1.6 Les tons

Le ninkãrɛ comporte un système de deux tons ponctuels: ton bas et ton haut. Ces tons peuvent se combiner entre eux et donner lieu à différentes combinaisons ou schèmes tonals.

On ne marque pas les tons dans l’orthographe ninkãrɛ. Pour plus de détails sur les tons, voir le livre «Lexique ninkãrɛ – français» où nous avons indiqué les tons des mots.